
Trois. C'est le nombre de devis que ma voisine Pascale Jaubert a un jour étalés devant moi, tous pour le même pavillon, tous avec un taux d'autoconsommation annoncé différent, sans qu'aucun commercial soit capable d'expliquer clairement pourquoi. C'est exactement ce genre d'écart qui m'a poussé à creuser la rentabilité réelle du stockage virtuel solaire, plutôt que de me fier à ce qu'on me promettait au téléphone. Moutens Solar, le logiciel d'estimation que j'utilise pour recouper les chiffres, m'a servi de juge de paix plus d'une fois, y compris sur ce dossier-là.
Avant d'aller plus loin, une précision qui compte : Soleil Repère touche une commission si vous passez par le lien vers Moutens Solar présent sur cette page, sans que ça change le prix payé de votre côté. Je ne suis ni installateur ni conseiller en énergie, seulement un propriétaire qui a fini par ouvrir des logiciels de simulation parce que les devis papier ne se recoupaient jamais entre eux.
Le stockage virtuel, c'est quoi au juste, et pourquoi ce n'est pas gratuit ?
Le principe est simple à raconter en cuisine : vous produisez plus que vous ne consommez en journée, et au lieu de revendre ce surplus pour trois fois rien, vous le confiez au réseau pour le récupérer le soir, comme une sorte de compte d'épargne électrique. Pas de batterie à changer, pas de perte de capacité dans le temps. C'est l'argument qu'on vous sert en premier, et il n'est pas faux. Mais le réseau d'Enedis n'est pas un service gratuit : chaque kWh qui y transite, à l'aller comme au retour, passe par le TURPE, une redevance d'acheminement qui grignote une partie de ce que le stockage virtuel est censé vous faire gagner. Cette redevance bouge d'une année sur l'autre, ce qu'aucun commercial ne vous dira spontanément.

C'est là que la question qui fâche prend tout son sens : quel taux d'autoconsommation réel votre offre de stockage virtuel va-t-elle vous permettre d'atteindre, une fois cette redevance déduite ? J'ai posé la question à un commercial, une fois, et j'ai vu son regard glisser vers l'écran de sa tablette, comme s'il cherchait ailleurs une réponse qu'il n'avait pas en tête. Ça m'a suffi pour comprendre que je ne signerais plus rien sans vérifier moi-même. Je l'ai déjà fait dans l'autre sens, d'ailleurs : signer un bon de commande sans comparer d'autres devis, simplement parce qu'on m'annonçait une offre limitée dans le temps. Une erreur que je ne referai pas deux fois.
Tester le vrai gain avec Moutens Solar plutôt qu'avec la parole du commercial
Ça fait trois ans que j'épluche ce genre de devis, pour moi et pour les voisins qui finissent par sonner chez moi, et la seule méthode qui tienne la route reste de simuler avant de croire. J'ouvre le logiciel Moutens Solar, je rentre les caractéristiques du toit et la consommation réelle du foyer, si possible heure par heure, et je regarde ce qui ressort une fois la redevance d'acheminement et l'abonnement au service de stockage déduits. L'outil a ses limites. Il travaille sur des hypothèses de consommation que vous devez vérifier vous-même, pas sur une lecture en direct de votre compteur. Mais il vaut largement mieux qu'une moyenne annuelle lissée sortie d'une brochure commerciale.

Une estimation de production sérieuse tient compte du fait que votre toit n'est pas un panneau abstrait posé plein sud dans un logiciel de vente : elle croise l'orientation réelle, la puissance installée et vos habitudes de consommation. Sans ce croisement, le chiffre de rentabilité qu'on vous montre en rendez-vous n'est qu'une moyenne repeinte pour faire joli.
Lire un devis de stockage virtuel : ce qu'il faut repérer d'abord
Pascale, avec ses trois devis contradictoires, avait mis le doigt sur le vrai problème sans forcément s'en rendre compte : elle se méfiait de toute formule du genre «selon votre profil de consommation», parce que personne ne lui expliquait ce que ce profil recouvrait vraiment. Elle avait raison de se méfier. Un devis qui annonce un taux d'autoconsommation sans détailler comment il l'a calculé, c'est une hypothèse déguisée en certitude. Et l'écart entre deux devis pour la même toiture n'est presque jamais une histoire de malhonnêteté : c'est le plus souvent une histoire d'hypothèses différentes sur votre manière de consommer, sur l'orientation du toit ou sur la puissance installée.
La fiscalité et la TVA des panneaux solaires pèse aussi dans le calcul final, mais ce n'est pas le sujet du jour ici, j'y reviens ailleurs en détail. Ce qui compte maintenant, c'est ce qui se passe une fois l'installation posée : est-ce que le stockage virtuel tient ses promesses dans la durée, ou pas.
Stockage virtuel ou vente du surplus : lequel choisir ?
En France, impossible de cumuler les deux régimes sur le même surplus : soit vous le vendez avec une prime à l'autoconsommation, soit vous le confiez au stockage virtuel pour le récupérer plus tard. Le premier donne un gain modeste mais immédiat, sans redevance d'acheminement à payer dessus. Le second mise sur une économie potentiellement plus large, mais amputée par le TURPE et par l'abonnement au service. Le vrai bon calcul dépend surtout de votre capacité à décaler vos usages, lancer le lave-linge ou le lave-vaisselle quand le soleil tape plutôt que le soir venu.

Gilles Ferriol, un copain du quartier qui préfère toujours bricoler avant d'appeler un professionnel, m'a posé la question un jour sur le parking de l'Auchan de Saint-Estève : pourquoi ne pas simplement tout autoconsommer sans se compliquer la vie ? Bonne question. Si votre pic de consommation tombe pile pendant que vos panneaux produisent, l'autoconsommation directe reste imbattable, puisque le kWh ne traverse aucun compteur et qu'aucune redevance ne s'applique. Le stockage virtuel ne devient vraiment intéressant que pour la part que vous ne pouvez pas consommer sur le moment.
La production hivernale, par exemple, s'effondre par rapport aux mois d'été. J'ai détaillé ailleurs comment j'estime cette baisse de production hivernale avec l'outil. C'est justement la période où le stockage virtuel doit prouver sa valeur, puisque c'est là que vous puisez le plus sur ce que vous avez injecté pendant l'été. Si votre devis ne distingue pas ce qui est simulé mois par mois de ce qui n'est qu'une moyenne annuelle divisée par douze, méfiez-vous du chiffre final qu'on vous présente.

Ce qu'il faut vérifier avant de signer pour du stockage virtuel
Avant de parapher quoi que ce soit, demandez à l'installateur d'écrire noir sur blanc le taux d'autoconsommation réel qu'il utilise pour son calcul, et sur quelle base horaire il l'a établi. S'il tourne autour du pot ou vous renvoie vers une formule toute faite, c'est le signal qu'il faut aller faire tourner vos propres chiffres ailleurs avant d'engager quoi que ce soit. Le soleil ne va nulle part, et votre décision peut bien attendre une simulation de plus.
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